Touchés. Tous.
De l’aveu de son principal acteur, François Cluzet, l’engouement suscité par Intouchables, tient sans doute à la réception d’un public en proie aux différents handicaps de la vie. Ainsi se réfère-t-il à l’étymologie du terme handicap faisant référence à un obstacle nous freinant dans l’atteinte de l’excellence.
L’exclusion inclut. Elle inclut tant le handicap visible que le handicap indécelable. Elle inclut le handicap social. Le handicap physique. Le handicap culturel.
Exclus, cet enfant séropositif, dont l’établissement scolaire a jugé la présence potentiellement nuisible aux autres.
Exclus, cet enfant handicapé vivant à Puteaux, qui malgré la loi en vigueur, n’a pu être scolarisé dans un collège de sa ville.
Exclus, cet homme voûté par le temps qui fait les poubelles à la Défense. Ancien employé en retraite d’une collectivité, sa maigre retraite ne lui permet pas de nourrir son vieux corps.
Excluses, ces personnes expulsées, nombreuses dans notre ville.
Le dernier numéro “Comment les héritiers verrouillent la France” de Marianne, pointe la défaillance d’une société faussement égalitariste, où 65% des entreprises françaises côtées sont à contrôle familial, contre 24% au Royaume-Uni, 20% aux Etats-Unis, et 13% au Japon.
Or la crise exacerbant les inégalités, elle devrait ouvrir un véritable débat en 2012, sur la refonte de la fiscalité.
En effet, la crise actuelle questionne, outre les marchés, le coeur du pacte républicain. Force est de constater que Nicolas Sarkozy n’a pas rétabli l’ascenseur social et pour cause, la véritable question de l’égalité n’est pas celle de l’accès à telle ou telle formation mais de l’accès à tel ou tel niveau de vie, en grande partie déterminé par la notion de “restant-à-vivre” corrélée au logement.
La question ne porte donc en aucun cas sur la discrimination positive ou sur des quotas de boursiers.
La véritable question, comme le souligne Marc Simoncini, (self-made man, créateur de Meetic), dans ce numéro de Marianne est une refonte de la fiscalité :
“Notre fiscalité est totalement à l’envers de ce qu’elle devrait être : On pénalise le travail et on favorise l’héritage! Je suis pour qu’on trouve une solution afin de taxer l’héritage à 85% au-delà d’un seuil compris entre un et deux millions d’Euros (hors cession d’entreprise). Ca ne changera rien pour l’immense majorité des successions, mais ça pourrait mettre à mal le système de rente. En contrepartie, je suis pour baisser drastiquement les charges pesant sur le travail, sur l’impôt sur le revenu, et surtout, sur les moyens réinvestis (…)
La campagne de 2012 s’annonce. Puisse le sens étymologique de la crise, à savoir un temps de réflexion favorable à un nouvel ordre, apparaître. Faute de quoi, la méritocratie à la française restera une mascarade destinée à légitimer la cooptation des uns et à perpétuer une inégalité de départ. -Intouchable-?
Marie-Sophie Mozziconacci
m’écrire : msm.akropolis@gmail.com