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De la recherche du père…

Adapté du dernier roman éponyme et inachevé d’ Albert Camus, le Premier Homme s’ouvre sur la confusion des horizons spatio-temporels. Deux hommes cherchent un nom sur une tombe : Un mort parmi les morts. On discerne les tombes. Du marbre; Aucun nom. Les arbres à l’arrière-plan sont flous. Leur mouvement incertain. Le temps est suspendu à cette quête. Un fils en recherche de son père.

« Mon père a 25 ans » constate avec étrangeté un homme d’une quarantaine d’années. Jacques Cormery, incarné par Jacques Gamblin est cet homme dont tant d’aspects renvoient à la vie d’Albert Camus.

Mis au monde par des femmes arabes accouchant sa mère dans une ferme d’Algérie, il est le Premier Homme de son père. La seule autorité de son enfance, c’est sa grand-mère.

… A celle de la juste coexistence :

Hué par les étudiants de l’université d’Alger, alors qu’ écrivain reconnu, il vient évoquer la nécessité d’une « juste coexistence » entre musulmans et non musulmans, il voudrait décrire cette tragédie de frères qui s’entretuent la nuit sans se reconnaître. Il pose le rôle de l’ écrivain qui ne consiste pas à être de ceux qui écrivent l’histoire, mais à soutenir ceux qui la subissent.

L’égalité fraternelle en acte :

Le Premier Homme c’est l’attention d’un instituteur au développement d’un enfant qui « porte en germe l’homme qu’il deviendra ». C’est le regard bienveillant d’un homme sur un enfant de la République, à qui il brûle d’apprendre que la justice peut certaines fois être du côté des barbares plutôt que du côté de Rome.

C’est la tendresse d’un homme face à un enfant qui joue au ballon pieds nus pour « prendre soin de ses souliers » comme sa grand-mère le lui commande.

C’est la protection d’un homme, envers un semblable à la croisée des possibles.

C’est l’égalité fraternelle_ en acte_.

Gianni Amelio, réalisateur, nous plonge dans l’intimité d’une enfance âpre, sous le regard aimant d’une mère dévouée et d’une grand-mère rustre, sévère mais si droite.

L’attachement à l’Algérie est personnifié dans le personnage de la mère. Quand son fils lui demande pourquoi elle ne peut se résoudre à venir s’installer en France, elle répond :

-Parce qu’ici, il y a les arabes.

La fermeture des persiennes de la mère, sur ce qui pourrait être un souvenir du passé, semble évoquer ce refus de rompre avec son histoire personnelle. Elle se sent algérienne.

Le Premier Homme, est-ce le premier à occuper un espace, ou le premier à le défendre?

 

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L‘immense baie d’Alger étend sa courbure sur une mer fermée. Elle annonce l’infini. Elle évoque l’éternité.

Depuis la haute Casbah, aux étroites ruelles, le blanc domine partout. Plus loin, sur les hauteurs de la ville, la blancheur dévalle des immeubles de luxe. Au-delà encore, une haute esplanade rend à la ville son horizontalité et son éternelle blancheur.

-Alger la blanche, c’est la ville de Camus.-

Il est né dans une famille pauvre. Sa mère habite le quartier de Belcourt,  pendant Ouest de Babeloued à l’Est. Des immeubles de luxe sont enfermés dans ces deux quartiers pauvres.

Albert Camus, écrivain éminent n’ a pas pu poursuivre jusqu’à l’agrégation de philosophie. Il est journaliste au quotidien communiste « Alger Républicain ». L’éditorial revient à  Henri Alleg, arrêté au domicile de Audin, assassiné sous la torture.  Albert Camus crée le « Soir républicain ». Une seule feuille.

Albert Camus a écrit « Misère en Kabylie » et surtout l’ « Etranger » où, jeune avocat pénaliste, j’ai puisé  force pour mes plaidoiries.

 L‘avocat commis d’office de l’accusé s’insurge, demandant au Procureur si il irait jusqu’à reprocher au présumé innocent d’avoir assassiné sa mère pour ne pas avoir manifesté un excès de sensibilité au cours de ce deuil. Réponse du Procureur « J’accuse cet homme d’avoir enterré sa mère avec un cœur de criminel ».

La mer est calme. Les rues d’Alger sont livrées aux meurtres individuels, sans encore atteindre la furie assassine des derniers mois de l’Algérie française. « Qui est tué ? » interroge Camus. Des civils. Des deux côtés.

Face à la mer bleue, le sang rougit les trottoirs. Il éclabousse les murs blancs.

Camus va s’exposer pour essayer de sauver les civils. Les combattants ne tueront que des combattants.

Albert Camus revient à Alger le 18 janvier 1956. Il est reçu par Jacques Chevallier, Maire d’Alger, lequel a perdu la confiance des européens.

Par la suite, il rencontre Mohamed Lebjaoui et Amar Ouzegane, qui assurent d’importantes responsabilités au FLN. Le service d’ordre sera assuré par le FLN, même si les CRS sont présents. Ferhart Abbas, qui vient de se rallier au FLN le 11 janvier ne fait qu’une apparition rapide. Chevallier est absent.

L’embrasement a précédé Camus, déjà dépassé, même si, à l’intérieur de la salle, le calme attend son heure.

Le lendemain, Camus reçoit deux simples personnages d’Alger. Le premier représente le Grand Orient de France en Algérie. Le second c’est moi, alors Secrétaire Général de la SFIO d’Alger.

Camus n’est pas tranquille. Il nous demande notre protection pour se rendre à l’ aéroport. Au sujet de sa conférence, il confie qu’il a été trahi. Mais il déclare qu’il est satisfait. L’appel à la paix civile « sans rencontre et sans s’engager à rien d’autre » est écouté dans le silence. La satisfaction exprimée par Camus ne correspond à aucune réalité. Camus en a conscience, en vérité.

Le FLN veut la guerre totale. L’OAS aussi. La haine a déjà triomphé sur la raison.

La ville blanche est  rouge du sang des innocents. Camus avait compris. Lorsqu’il reçoit le prix Nobel, il déclare : «En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère

Charles Ceccaldi-Raynaud, Conseiller Général Honoraire de Puteaux, avocat pénaliste.

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