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Ma critique du film de Paolo Sorrentino, sur Mediapart.

Cheyenne ne joue plus. La musique de sa vie, c’est le rythme lancinant des journées qui se suivent et rétrécissent l’horizon des possibles. Traumatisé par le suicide de deux jeunes fans, Cheyenne a cessé ses activités de scène. Sa vie court au ralenti.

Gothique d’apparence, teint blafard, lèvres poudrées pour une meilleure tenue du rouge, yeux fardés, et chevelure abondante noire geai, Sean Penn campe un personnage complexe et humainement attachant.

On le pense déprimé et abattu, tant sa démarche laisse à penser que tout lui devient pénible, sa mollesse apparente déclenche l’hilarité au supermarché, mais on le découvre pétillant de vivacité quand il s’agit de surprendre l’autre.

La fuite du temps et la quête de reconnaissance s’enchevêtrent. A la mort de son père, avec lequel il a coupé les ponts depuis 30 ans, Cheyenne découvre que la volonté première de son père, ancien déporté,  était de venger une humiliation infligée par un nazi. Humilier c’est déshumaniser. Contre toute attente, Cheyenne renoue avec son histoire et sa lignée en tentant d’accomplir la vengeance voulue par son père.

Sur sa route Cheyenne use de malice et surprend par le constant décalage entre son apparence abattue et sa force intérieure. A Rachel, serveuse dans un fastfood qui s’excuse de la cuisson trop avancée d’un hamburger, par un cynique « C’est la vie »,  Cheyenne rétorque que le problème ne concerne par la cuisson, mais le fait qu’on passe de l’âge où on se dit « ma vie sera comme cela » à celui où on finit par se résigner en se disant « C’est la vie. ». A celui qui lui demande quel peut-être le secret pour séduire une femme, il évoque le temps, le temps qui rassure, le temps qui consolide, le temps. Cette fuite du temps qui l’effraye et qu’il tente de camoufler derrière son fond de teint…cet avancement vers la mort qu’il redoute, regrettant plus encore de n’avoir eu d’enfant.

Sa mission accomplie de manière imprévisible, Cheyenne reconnaît que les barrières de nos vies sont souvent celles qu’on consent à accepter. Son père ne l’aimait-il pas, ou s’était-il simplement figuré ne pas être aimé en raison de ses aspirations divergentes ?

 Le regard bleu perçant, le sourire assuré, Cheyenne fait face. La reconnaissance éprouvée dans l’accomplissement du désir de son père l’a transformé. Il existe sans fard. Dernier plan de Paolo Sorrentino. Inoubliable.

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