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Posts Tagged ‘La nuit de feu’

La nuit de feu  touche juste. Remarquablement écrit, il confronte nos évidences. La philosophie ne naît-elle pas de l’étonnement des choses simples ?
Des personnages aux certitudes revendiquées et antagonistes se rencontrent. Dans le désert, ils marcheront deux semaines, ensemble. Leurs heurts sémantiques couvent une commune obsession : l’explication : « Les dieux changent, se succèdent, meurent, les modèles cosmologiques également, et ne persiste qu’une ambition, celle d’expliquer. » (p.69)
Les mots ne rapprochent pas toujours. Ils peuvent éloigner, enfermer, orienter : « En secouant la tête, je chasse les militaires lexicaux. » (p.138)
Croyant ou incroyant, par quoi sommes-nous guidés ? « Jadis, les gens croyaient parce qu’on les y incitaient, aujourd’hui, ils doutent pour le même motif. » (p.78)
Eric-Emmanuel SCHMITT ne nous fait pas uniquement partager une expérience personnelle avec son verbe scintillant : «  En contraste avec l’austère absence de meubles, de bibelots ou d’images, le couscous m’apparut fastueux, coloré, ses viandes et ses légumes posés tels des bijoux sur un coussin de semoule. » (p.9). Ce que l’auteur nous offre de plus précieux, c’est un paradigme qui rompt l’opposition binaire entre croyant et incroyant.

Le pourquoi du comment est également inaccessible à chacun, fondant une nouvelle fraternité ; celle des ignorants.
La véritable fraternité ne réside pas dans le partage d’une croyance ou celui de son absence. La fraternité, mère de tolérance, prend sa source dans l’acceptation de l’ignorance comme donnée intrinsèquement humaine.
Ainsi Eric-Emmanuel SCHMITT, à travers le récit d’un homme qui se perd pour mieux se trouver, éprouver l’indicible grâce, ne cherche pas à convaincre.
Il clarifie, par sa rigueur conceptuelle, une confusion entre croire et savoir : « Ce que je sais n’est pas ce que je crois. Et ce que je crois ne deviendra jamais ce que je sais. »(p.181)
L’agnosticisme devient le paradigme de notre fraternité.
Qu’elle décide de croire, ou de ne point croire, l’humanité doit avoir conscience de son ignorance : « Face au questionnement sur l’existence de Dieu, se présentent trois types d’individus honnêtes, le croyant qui dit « je ne sais pas mais je crois que oui », l’athée qui dit : « je ne sais pas mais je crois que non », l’indifférent qui dit : « je ne sais pas et je m’en moque. » (p.181)

La nuit de feu est un excellent livre, que j’ai relu, sans le consumer, dès sa dernière page achevée.
Renvoyant dos à dos les dogmatiques de toute obédience, il resitue l’agnosticisme à la hauteur d’un humanisme pacifique : « Nous devons reconnaître et cultiver notre ignorance. L’humanisme pacifique coûte ce prix-là. Tous, ne ne sommes frères qu’en ignorance, pas en croyance. »(p.182)

Respecter l’autre, c’est reconnaître et accepter que pas plus que moi, il ne sait. Il s’essaie.

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